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Road train, baroudeur aux antipodes

Magazine : Carnet de voyage | Insolite | Reportage | Road Trip & Van Life

Tailler la piste aux antipodes et au volant d’un road train de 50 mètres c’est l’aventure au quotidien avec un grand A. Un grand coup d’oxygène dans les bronches de la tête. Un vrai bon truc décapant, à consommer d’urgence.

En termes de transport, et sous bien d’autres aspects, l’Australie est peut-être le dernier continent de la planète sur lequel le mot aventure a encore une signification profonde et réelle. Dans ce pays, plus que de contrastes, on peut parler de contradictions à peine croyables. S’étendant sur 7.7 millions de km², vieux de mille millions d’années, peut-être d’avantage, sa colonisation remonte à tout juste deux siècles. C’est peut-être là le contraste le plus frappant. Une terre datant de l’âge préhistorique accueille une nation qui a à peine atteint sa maturité. Mais, ici, les choses avancent vite. Très vite. En 1980, les grands axes routiers empruntés par les road-trains, ces camions géants de 50 mètres de long pour un PTAC de 115 tonnes et composés d’un tracteur et de trois remorques, se déplaçaient du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest sur des pistes de terre rouge sans croiser âme qui vive durant plusieurs heures, voir même plusieurs jours. Aujourd’hui le bitume a recouvert ces immenses rubans de latérite qui étaient autrefois d’authentiques pistes tracées dans quelques uns des plus grand déserts du monde. Le Gibson Desert, le Great Victoria Desert, le Simpson Desert ou encore le Great Sardy Desert. Des terres arides souvent plus étendues que le Sahara. Et il est facile d’imaginer, au volant d’un camion ce qu’ont pu ressentir ces « truckies » face à ces immensités inhospitalière chauffées à blanc par un soleil cuisant.

Il fallait sans aucun doute avoir plus un mental d’aventurier que celui d’un simple routier. Cependant, aujourd’hui encore, et ce malgré un immense pas en avant réalisé en matière de modernisation routière, le sol australien reste pour les habitués de l’Outback (les régions du centre), un terrain difficile où le transport demeure l’affaire des aventuriers. Si la plupart des grandes routes reliant les villes phares plantées au milieu des déserts ont été recouverts de macadam, il n’en reste pas moins qu’une majorité d’axes importants sillonnent des régions hostiles et désertiques sans avoir vu le moindre bulldozer ou le moindre gramme de bitume. Sur ces pistes, les « truckies », membres à part entière de cette tribu d’irréductibles que sont les derniers aventuriers de l’Outback, continuent d’affirmer leur statut de pionnier et perpétuent ainsi la légende.

Direction Malboona

Attiré par cet aspect du transport, rendons-nous à Malboona, un lieu-dit plus qu’une ville, situé à quelques 500 km de Townsville, dans le Queensland, sur la partie Est de l’Australie. Et pour se rendre à Malboona, pour un Européen présente déjà quelques difficultés. Déjà, il est hors de question de faire la route autrement qu’avec un 4×4. Après Chapter Towers, une ville minière du début du siècle, et en direction de Corfield, la route se transforme en une piste de latérite souvent sablonneuse sur laquelle une simple automobile resterait plantée. Au volant d’un Toyota Land Cruiser, équipé de jerrycan d’eau et de gasoil, nanti de bonnes cartes routières, lançons-nous dans l’aventure.

Entre Chapters Towers et Hughenden, distantes de 380 km, pas âme qui vive. En dehors des kangourous, des « brumbies » (chevaux sauvages) et des « cattle » (bovins), rien ne vient vous distraire de la monotonie de la route. Seule la voie de chemin de fer qui relie Townsville à Alice Springs vous indique que vous êtes sur le bon chemin. Et il est bien évidemment hors de question de s’écarter de ce guide ô combien efficace et rassurant. Après Hughenden, il reste encore 200 km de piste à parcourir avant d’arriver à Corfield. Et enfin 50 km pour arriver à Malboona.

Dans les rares villages traversés, il est indispensable de demander sa route. Des dizaines de pistes s’offrent à vous, et il est bien difficile de savoir choisir la bonne. La signalisation routière en ces régions brille par son absence.

Une ferme de 48 000 hectares avec avion, court de tennis et climatisation

Enfin, après deux jours de route, arrivée à Malboona. Et surprise : Malboona n’est non seulement pas une grande ville, mais en fait la ferme d’Angus et Donna Deane. Pas un café, pas un hôtel, pas un restaurant. Rien. Seulement « The Malbooan sheep and cattle station ». Heureusement, le sens de l’hospitalité est encore très vivace et une chambre nous est proposée dans la maison des propriétaires de Malboona, un immense territoire de 120 000 acres (48 000 hectares). Il n’est pas rare dans ce coin d’Australie de ne pas voir une goutte d’eau pendant plusieurs années, tout au moins à peine quelques rares averses par ci par là. Pour ces fermiers, il leur a fallu diversifier leurs activités et surtout transporter le bétail sur une autre propriété, à Merrinong, une ville située dans le New South Wales et plus favorisée par un climat humide et pluvieux. Pour ce faire, Angus a fait l’acquisition d’un Western Star.

Road-trains : ces camions géants de 50 mètres de long

C’est pour rouler avec cet engin que nous avons fait tout ce périple. Après avoir fait le tour de la propriété dans l’avion d’Angus, qu’il pilote lui-même, et avoir visité les lieux en 4×4, à moto et à cheval, il était donc décidé d’aller faire un voyage sur Roma, une ville située à 1 200 km au Sud de Malboona. Le dimanche matin, après une partie de tennis disputée sur la cour privé de la ferme, nous nous décidons à charger les animaux vendues par Angus au marché de Roma. Une seule des remorques est utilisée car nous devons charger des bestiaux en cours de route dans d’autres fermes. Et c’est là l’une des raisons qui ont incité Angus Deane à investir dans ce camion, car peu d’éleveurs peuvent se permettre d’acheter du matériel aussi coûteux qu’un Western Star et quelques remorques pour ne transporter qu’épisodiquement des animaux.. Ainsi donc, en plus de ses travaux propres, Angus offres ses services à plusieurs éleveurs qui ne manquent pas de profiter de l’aubaine.

Road-trains en Australie

Car il faut le savoir, paradoxalement, dans ces régions désertiques, le transport n’est pas aussi développé que cela et 90% de tout ce qui touche au domaine se situe dans le triangle Sydney Melbourne Adelaïde. Par exemple, dans une ville comme Alice Springs, située en plein cœur du Simpson Desert, à mi-chemin entre l’Adélaïde (Sud) et Darwin (Nord), c’est-à-dire sur l’un des axes les plus fréquentés du pays, peu de compagnies se disputent le marché : elles sont spécialisées soit dans le « cattle truck » (transport d’animaux), soit dans le frigo et le carburant. Ce qui explique certainement par contre qu’énormément de petits transporteurs privés se soient mis à leur compte avec un seul camion. Mais en travaillant toutefois en contrat avec ces grosses compagnies. Donc, pour ces raisons, l’achat d’un camion tel que le Western Star s’avère moins hypothétique qu’il n’y paraît, pour Angus Deane, qui en plus de ces activités d’éleveur a trouvé, en créant une petite compagnie de transport, un moyen de diversifier ses activités d’une façon rentable tout en donnant la possibilité de déplacer à moindre frais ses animaux en cas de sécheresse.

Ambiance. Ambiance. L’Australie se vit au cœur du bush rythmée par le son des Cummins, Caterpillar ou Mack

A 11 heures précises, nous quittions Malboona en direction de Enryb Downs, une petite ferme où nous devions faire le plein des deux autres remorques. A 15 heures, c’était chose faite, il ne nous restait plus qu’à nous attaquer aux 1 000 km qui nous séparaient de Roma. Dire que la piste dans ces régions est monotone est un euphémisme. Rien à l’horizon pendant des heures et des heures. Seulement des kangourous, des vaches et quelques émeus, ces drôles d’oiseaux qui ont de grandes ailes et qui ne peuvent pourtant pas voler. Cependant, la camion est assez confortable. Et l’air conditionné nous aide à supporter les quelque 45° centigrades qui grillent le désert et assèchent le moindre ruisseau. Le Cummins K 19 de 500 ch n’a pas de mal à tracter les 130 tonnes et les 50 m du road train. Il faut cependant une certaine habitude au chauffeur pour se faufiler avec ce monstre entre les barrières qui balisent les « grid » ces petits passages qui surplombent les ruisseaux et qui sont très nombreux. En tout cas il n’y a aucun problème de circulation. Pas de feux rouges, pas de stop, pas de policiers, pas de villages à traverser (ou très peu). Les kilomètres défilent. Olio, Winton, Longreach, Barcaldine, Blackhall. Les heures passent et la fatigue commence à pointer son nez. Après quelques heures dans le sleeper pour un petit repos, retour sur le coup de 5 heures, dans la cabine pour assister à un de ces fabuleux levers du jour, comme seulement on peut en voir aux antipodes. Le feu embrase l’horizon et le désert prend une incroyable teinte ocre rouge. Tout doucement Roma se dessine dans le cadre du pare-brise tandis que la poussière soulevée par les trois remorques se transforme en des millions de particules sous l’effet de rayons de ce soleil purificateur. Après avoir vécu ce type de voyage, on comprend pourquoi les camions sont équipés de réservoirs capables de contenir 1 700 litres de carburant, 400 litres d’eau, de radio UHF et HF (qui fait office de téléphone et qui permet d’appeler où que l’on soit), de CB Uniden, de frigo, radio, stéréo, et de quelques dizaines de cd.

A peine arrivés au marché de Roma, les responsables nous indiquent notre quai de déchargement. En quelques minutes, les bestiaux quittent les remorques. Le chauffeur, malgré quelques 17 heures de conduite, évolue sur les ridelles et armé d’une sorte de grosse fourchette électrifiée, il invite fermement les bestiaux récalcitrants et engourdis par le voyage à descendre.

Les « truckies », ces derniers aventuriers de l’Outback

Direction la station-service de Roma qui fait office de « road house » (station de restaurant réservés aux routiers). Douche puis un bon déjeuner. Œufs sur le plat, jambon, purée de pommes de terre, céréales et café. Les truckies dont des types charmants… rustres, mais charmant. Au fil de la conversation (pas facile car il est difficile de se familiariser avec le « strine », l’anglais local parlé avec l’accent « bushies »), on découvre que ce qui pour nous ressemble à une simple aventure, peut parfois devenir pour eux une situation dramatique. Des piste sèches peuvent en quelques secondes se transformer en bourbier sous l’effet d’une pluie diluvienne et immobiliser les chauffeurs plusieurs jours sans aucuns secours. Ici la vie de fermier peut être menacée par des années de sécheresse catastrophique et quelques jours plus tard par des inondations. Le décor peut changer en quelques minutes. D’un désert aride et étouffant, une bonne pluie tropicale peut en faire un océan de boue ocre où les camions s’enlisent jusqu’aux essieux. Dans le Queensland, au Nord, la mousson peut surprendre de nombreux camions sur la fameuse « developmental road », une route qui relie Cains à Weipa, et les isoler comme des chiens sur un ilôt durant des semaines.

Pionniers par atavisme jusqu’au fond de l’âme, ces hommes de l’Outback ne connaissent que leurs immenses déserts et les facéties d’un climat tropical. Et ils font avec. Et il est vrai que cette façon de vivre la route peut avoir quelques chose d’irrésistible. De magique. De séduisant.

Les kangourous jouent à la roulette russe devant les projecteurs du Western Star

Après quelques échanges de poignées de mains viriles, les Caterpillar, Cummins et autre Mack s’ébrouent sous la pression des démarreurs pneumatiques. Chacun reprend sa route. Nous remontons au Nord. Mitchell, Mungallala, Augathella, Tambo, Blackhall et enfin Barcaldine. Devant les phares, c’est la valse des kangourous et des bovins. Et l’on comprend soudain la nécessité de ces énormes « bull bar » ou « roo bar ». Si le chauffeur fait des efforts pour éviter les vaches qui traversent tranquillement devant le camion, il n’hésite pas à percuter les kangourous, qui il est vrai sont assez nombreux à jouer à la roulette russe.

A quatre heures du matin nous entrons dans Malboona, mort de fatigue, après 2 400 km en deux jours. Des kangourous se mettent tout à coup à sauter devant nos yeux avant de sombrer dans un sommeil bien mérité…

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