En 2007, l’explorateur et cinéaste Evrard Wendenbaum s’engage pour la première fois fans le sud-ouest de Madagascar, loin des circuits touristiques classiques, où s’élève un massif aux allures de forteresse : le Makay. Ce sera le point de départ d’une aventure humaine et scientifique qui marquera l’histoire de la conservation de la biodiversité à Madagascar.
Le Makay
Massif montagneux sillonné de profonds canyons qui s’étend sur plus de 4 000 km² au sud-ouest de Madagascar, composé des produits de l’érosion d’immenses massifs de roches cristallines disparus il y a déjà plusieurs centaines de millions d’années, le Makay est l’une des œuvres de la nature les plus monumentales qui soient.
Dans la mosaïque diversifiée des écosystèmes de Madagascar subsistent quelques zones très peu explorées, peu exploitée et à faible densité humaine, avec un fort potentiel en découvertes nouvelles. Le massif du Makay, figure parmi eux comme un emblème de Terra Incognita. Un labyrinthe inaccessible où l’homme n’avait jamais pénétré jusqu’en 2007
2007 : la première expédition dans le Makay
Une exploration pionnière
Cette année-là, Evrard Wendenbaum, un jeune géologue français féru d’exploitation, tente une première intrusion dans le Makay. Il l’a découvert en regardant Ushaïa nature à la télé. Mais il doit rapidement faire demi-tour. Avec une idée fixe: retourner explorer ce qu’il pense être un trésor de biodiversité. Vu du ciel, le massif montre des poches de forêt primaire, une belle promesse sur une île largement ravagée par la déforestation.
A force de ténacité, il réussit à monter une expédition scientifique (suivie par une équipe de tournage de Canal+). A la tête d’un groupe d’une trentaine de spécialistes, il va s’enfoncer pendant près de deux mois dans les profondeurs de ce dédale minéral et végétal. « Il n’existait aucune carte, j’ai donc fait les miennes à partir de Google Erath, ce qui nous donnait de bonnes indications d’orientation mais pas de relief » explique Ouvrard. Les conditions sont des plus extrêmes : marécages, à-pics vertigineux, orages et végétation dense rendent la progression pénible. Mais les scientifiques, aidés par les moyens déployés par la production – notamment un hélicoptère leur permettant de se déplacer rapidement d’un point à un autre -, réussissent à pénétrer au plus profond du Makay.
Objectif : documenter, cartographier, et comprendre ce que renferment ces formations rocheuses spectaculaires. Le choc est immédiat. Le Makay est un véritable sanctuaire biologique, une enclave restée hors du temps. Des espèces inconnues sont observées. Les chercheurs découvrent un écosystème unique, isolé depuis des millénaires, abritant une faune et une flore extrêmement endémiques.
Un déclic pour la préservation
Cette première mission donne naissance à une prise de conscience : il faut agir pour protéger ce trésor. En parallèle du documentaire tiré de l’expédition, Wendenbaum fonde l’association Naturevolution, avec pour mission de poursuivre l’étude du Makay et de le faire reconnaître comme zone à forte valeur écologique.
2017 : dix ans plus tard, une expédition scientifique d’envergure
Un retour préparé et ambitieux
Dix ans après la découverte fondatrice, l’heure est venue de revenir sur place avec une nouvelle ambition : lancer l’une des plus grandes expéditions scientifiques jamais réalisées dans le Makay. En 2017, plus de 60 chercheurs, bénévoles et logisticiens de 15 nationalités différentes convergent vers ce massif encore largement inexploré.
Grâce à un important travail de préparation (logistique, formation, partenariats académiques), l’expédition est en mesure de rester plusieurs semaines sur place. Des bases de vie sont installées au cœur du massif, permettant un accès durable aux zones les plus reculées.
De nouvelles découvertes fascinantes
Pendant plusieurs semaines, les chercheurs étudient la biodiversité, la géologie, les ressources en eau, mais aussi les interactions entre les communautés locales et leur environnement. Parmi les moments forts : la découverte de nouvelles espèces de reptiles, l’observation de lémuriens rares, et la collecte de données génétiques sur la flore endémique.
Le Makay, déjà considéré comme un haut lieu de biodiversité, révèle encore de nombreux secrets. Les scientifiques établissent une base de données complète sur l’écosystème local, qui servira à renforcer les arguments pour la mise en protection officielle du site.
Une aventure humaine et collective
Mais l’expédition Makay 2017 n’est pas qu’une prouesse scientifique. C’est aussi une formidable aventure humaine. Elle réunit des profils très différents : biologistes, botanistes, ingénieurs, vidéastes, logisticiens, étudiants… tous animés par la passion de la découverte et la volonté de préserver un lieu exceptionnel.
Les relations avec les communautés locales sont placées au cœur du projet. Des guides malgaches, des porteurs, des traducteurs participent à l’expédition. Des ateliers éducatifs sont également organisés dans les villages, pour sensibiliser à l’environnement et créer du lien.
De la science à la protection concrète
Vers une aire protégée
Les données collectées en 2017 permettent de renforcer le plaidoyer pour la création d’une aire protégée officielle dans le Makay. Depuis, une partie du massif est reconnue par le gouvernement malgache comme zone de conservation, avec le soutien d’organisations internationales.
L’association Naturevolution développe parallèlement des projets durables : écotourisme, reforestation, éducation environnementale. Le but est clair : impliquer les communautés dans la préservation du territoire, tout en améliorant leurs conditions de vie.
Un modèle d’écotourisme engagé
Les expéditions ont aussi contribué à faire du Makay une destination pour un tourisme d’aventure responsable. Quelques agences spécialisées proposent désormais des treks accompagnés de guides locaux formés à la connaissance du massif. L’accès reste difficile, ce qui préserve l’authenticité du lieu. Mais pour les voyageurs en quête de nature brute, d’isolement et de sens, le Makay devient un graal.











